Cocottes en fonte, charentaises et endives au jambon… Pourquoi tant de jeunes ont-ils des goûts de vieux ?

Cocottes en fonte, charentaises et endives au jambon… Pourquoi tant de jeunes ont-ils des goûts de vieux ?

Vous avez peut-être surpris un ami de vingt ans qui préconise la cuisson lente en cocotte, porte des charentaises dans son salon ou parle avec enthousiasme d’endives au jambon. Surprise ou drôle de coïncidence ? En réalité, cette attirance pour le « vieux monde » est devenue une tendance lourde et étonnamment jeune.

Un phénomène qui s’appelle « grandma et grandpa core »

Sur les réseaux, les codes des années 1950–1970 reviennent en force. Le mouvement, souvent nommé grandma core ou « grandpa core », célèbre la vaisselle en fonte, le tricot et les recettes de grand-mère. Des maisons de couture comme Miu Miu ont même remis au goût du jour des tabliers et des silhouettes ménagères lors de défilés récents.

Ce n’est pas qu’une mode Instagram. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Institut Français de la Mode, la seconde main représente plus de 17 % des achats d’habillement chez les 18–34 ans. Chez les plus de 55 ans, ce taux descend à moins de 4 %. Sur Pinterest, les recherches pour les « trouvailles de rêve en friperie » ont bondi de 550 %.

Pourquoi les jeunes aiment-ils ce goût « de vieux » ?

Authenticité, sens et durabilité

La production de masse et l’uniformisation des objets fatiguent. Beaucoup souhaitent acheter moins mais mieux. Les vêtements ou les meubles d’autrefois offrent une qualité perçue et une histoire. Acheter une pièce d’occasion, c’est retrouver un lien affectif perdu dans le commerce jetable.

Un refuge face à l’avenir

La « newstalgie » résume bien le phénomène. Le passé est vu comme un endroit sûr. Face à l’incertitude économique et climatique, replonger dans des rituels familiaux rassure. Cuisiner une recette transmise, jouer à la pétanque, ou promener un teckel donne un repère simple et tangible.

Des signes partout autour de vous

La tendance dépasse la mode. Pinterest note une hausse de plus de 1 000 % pour les recherches liées à la « cuisine de seconde main ». Le tourisme suit aussi. Une étude de GetYourGuide montre que plus de huit Français sur dix seraient prêts à réserver une expérience animée par une grand‑mère locale. On parle de cours de cuisine, d’ateliers de savoir-faire, d’histoires partagées.

Vous verrez même un retour des animaux rétro. Le teckel, le cocker ou le spitz deviennent les mascottes de cette nostalgie. Les marques surfent sur cette esthétique. Jacquemus a, par exemple, valorisé la figure de la grand‑mère en la choisissant pour incarner une partie de son univers.

Concrètement : comment adopter sans vous déguiser ?

Il ne s’agit pas de se travestir en aïeul. Il s’agit de choisir des gestes et des objets qui donnent du sens. Privilégiez la qualité, favorisez la réparation, essayez la friperie pour dénicher une pièce unique. Réapprenez une recette familiale. Cherchez le plaisir de l’objet qui vit, pas seulement de ce qui est neuf.

Recette : endives au jambon façon « mamie »

Voici une recette simple et réconfortante. Elle illustre bien pourquoi ces plats séduisent. Les quantités sont pour 4 personnes.

  • Ingrédients : 8 endives, 8 tranches de jambon blanc, 40 g de beurre, 30 g de farine, 500 ml de lait, 100 g de gruyère râpé, sel, poivre, noix de muscade.
  • Préparation : enlevez les feuilles abîmées des endives. Coupez la base et faites-les cuire 25 minutes à l’eau bouillante salée jusqu’à ce qu’elles soient tendres. Égouttez bien.
  • Enroulez chaque endive dans une tranche de jambon. Disposez-les dans un plat à gratin beurré.
  • Prenez une casserole. Faites fondre 40 g de beurre. Ajoutez 30 g de farine et mélangez 1 minute. Versez 500 ml de lait froid progressivement en fouettant. Laissez épaissir 3 à 4 minutes. Assaisonnez de sel, poivre et une pincée de noix de muscade.
  • Versez la béchamel sur les endives. Saupoudrez 100 g de gruyère râpé. Enfournez 20 minutes à 200 °C jusqu’à obtenir un dessus doré.
  • Sortez du four et laissez reposer 5 minutes avant de servir. Simple. Chaleureux. Très mamie.

Que retenir ?

La nostalgie n’est pas un retour au passé pur. C’est une façon de répondre au présent. Les jeunes cherchent du sens, du durable, et des expériences. Ils reprennent des codes d’autrefois pour créer un quotidien plus lent et plus chargé d’affect. Vous pouvez y voir une mode passagère ou un vrai changement de regard sur la consommation.

Et si, la prochaine fois, vous acceptiez une invitation au repas familial et goûtiez ces endives au jambon, vous comprendrez peut‑être mieux pourquoi tant de jeunes trouvent tant de réconfort dans ce qui semble « vieux ».

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Auteur/autrice

  • Je suis Pauline Giraud, passionnée de gastronomie monastique et de savoir-faire artisanaux. Diplômée en histoire de l’art religieux et patrimoine à l’Université de Lille et formée à l’Ecole du Louvre, j’ai passé plus de dix ans à travailler avec des communautés monastiques pour valoriser leurs produits gourmands et leur art de vivre. Je me spécialise dans les recettes issues des abbayes françaises, les jardins de simples et l’aménagement intérieur inspiré des cloîtres. J’écris ici pour partager mon expérience de terrain auprès des ateliers monastiques et montrer comment intégrer ces traditions culinaires et domestiques dans une vie quotidienne contemporaine.

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